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THESE
Guides et médiums aux
secours des hommes. Études des représentations et des
pratiques liées à la maladie et à son traitement
dans l'umbanda, à Sao Paulo (Brésil).
Armelle Jacquemot, Université de Provence, 9 janvier
1997.
Comment un culte de possession brésilien à dimension
thérapeutique très affirmée, l'umbanda, pense-t-il
la maladie et y réagit-il ? Partant du constat que la maladie
joue un rôle fondamental dans l'univers et l'activité
des terreiros (lieux de culte), l'auteur s'interroge sur sa signification
et sa fonction dans la religion umbandiste. La maladie n'est donc pas
ici envisagée du point de vue de la biomédecine (ou de
la psychiatrie) mais du point de vue de l'umbanda. L'auteur a considéré
la maladie comme une catégorie vide et a cherché à
savoir de quoi la religion la remplissait. Elle s'est attachée
pour cela à dégager et à interroger les représentations
associées à la maladie et les pratiques que sa possible
apparition engendrent au sein de l'umbanda. Les données d'observation
et de discours sur lesquelles se fondent ses descriptions et analyses
ont été recueillies grâce à un travail de
terrain qui s'est déroulé, pour l'essentiel, dans trois
terreiros socioéconomiquement différents de la ville
de Sao Paulo.
Une première partie présente la ville de Sao Paulo, la
formation de l'umbanda, son caractère multiple et synthétique,
le recours thérapeutique umbandiste dans le champ médical
brésilien.
La seconde partie est consacrée aux terreiros et à l'univers
qu'ils abritent: la "pratique de la charité", les "séances
de travail" et les "consultations", ainsi que les protagonistes,
hommes et esprits, qui s'y rencontrent.
Une troisième partie est consacrée à la représentation
du monde et de la personne, envisagées à partir de la
place et de la situation faites aux hommes dans l'univers. Les notions
d'"énergies" (positives/négatives), de "forces",
d'"affaiblissement", de "protection spirituelle",
de "saletés", s'avèrent essentielles à
la compréhension des pratiques. L'auteur dégage les relations
permanentes qui unissent le monde matériel au monde spirituel,
les hommes aux "êtres spirituels", et montre combien
les umbandistes se représentent l'environnement immédiat
dans lequel ils évoluent comme éminemment hostile et dangereux...
La distinction entre "maladies matérielles" et "maladies
spirituelles", familière aux umbandistes, sous-tend la lecture
et les interprétations de la maladie. Selon que l'étiologie
est considérée comme "matérielle" ou
"spirituelle", la maladie fait l'objet d'une lecture différente,
l'interprétation de la maladie -de l'infortune- présentant
un caractère totalisant qui tranche avec celui, plus singularisant
et "autonomisant" de l'interprétation matérielle.
Derrière la complémentarité apparente des champs
de compétence de la médecine umbandiste et de la biomédecine
-les "maladies spirituelles" seraient "de l'umbanda"
et les maladies matérielles "du médecin"- le
partage n'est pas égal et ne se réalise pas là
où les umbandistes le laissent entendre.
La quatrième partie porte sur les maux et les maladies dont l'umbanda
s'affirme comme la grande spécialiste et que l'auteur a appelé
ses maux et maladies "de prédilection": maladies du
mauvais oeil, de la "chose faite", de l'encosto, de la "médiumnité",
des "guides", maladies karmiques. Chacune est examinée
du point de vue de ses causes, de ses effets, des conceptions et des
représentations qui lui sont attachées, de ses fonctions
et de ses significations. Ces maladies ont pour caractéristiques
communes de n'être qu'un effet parmi d'autres des causes qui les
provoquent, de faire l'objet d'interprétations qui lient leur
survenue à une perturbation des relations avec des êtres
humains ou avec les esprits. La dernière partie concerne la
cure umbandiste, ses agents -les couples thérapeutes médium
/ esprit, les médiums thérapeutes- et ses pratiques de
prédilection. La cure umbandiste combine des pratiques thérapeu-tiques
élémentaires et l'analyse dégage les principes
généraux de leur assemblage dans les procès thérapeutiques,
ce qui conduit à examiner les représentations de la guérison
qui sous-tendent l'action thérapeutique.
La thèse se termine par une réflexion sur la représentation
umbandiste du corps. Le corps, espace borné, est un lieu privilégié
de résistance et de contrôle du désordre, qu'il
se manifeste en lui ou hors de lui. La maladie prouve de la présence
de forces négatives dans le corps, et d'un désordre spirituel.
Versant organique de l'immatériel désordre spirituel qui
règne dans le corps, la maladie objective la désorganisation
fondamentale à laquelle sont rapportés les désordres
personnels qui se manifestent dans la vie des consultants. En agissant
sur le seul désordre qui trouve son siège dans le corps,
les thérapeutes umbandistes se proposent de réorganiser
les autres désordres et de restaurer l'harmonie rompue. La maladie
apparaît ainsi comme la métonymie la plus manipulable
de tous les malheurs.
(Bull. n° 30 mai 1997)
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