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THESE

Le vaccin et de sadaqueh. Etude des représentations de la vaccination infantile en Iran aujourd'hui.
Laurence-Donia Kotobi, Université Paris V, 3 mars 1995.


L'approche socio-anthropologique de la vaccination menée ici en Iran permet plus globalement de s'interroger sur cet acte de prévention universellement promu. "Emprunt imposé" , comment le vaccin est-il perçu dans son rapport à la modernité occidentale dans une société qui a remis en cause la modernisation effrénée conduite par le Shah ?
L'étude part de l'introduction de la vaccination en Iran avec l'établissement d'un Institut Pasteur en 1921, puis cerne les facteurs de son acceptabilité. L'action du Programme Elargi de Vaccination, et le poids du facteur religieux dans l'acceptation du vaccin sont pris en compte. La révolution iranienne ayant marqué ses choix culturels par la relecture de certains traits ou objets, rendus licites ou illicites, ce travail conduit à s'interroger sur les modalités du processus acculturatif en Iran, sous l'angle du vaccin-objet. L'enquête, portant sur la vaccination de l'enfant, est qualitative et s'est déroulée en 1991-92 à Téhéran et en milieu rural (Hassanâbâd, près d'Isfahân).
Il en ressort une appropriation culturelle du vaccin, traduite par une demande rationalisée et non par des résistances. La vaccination appartient aux rituels de socialisation de l'enfant, au même titre que la circoncision, le sevrage ou certaines maladies infantiles. Elle paraît s'insérer dans des pratiques magico-religieuses à visée préventive au même titre que le sadaqeh, aumône religieuse donnée pour écarter le danger des siens. La gestion du rapport au collectif et à l'individuel en Iran islamique aide le vaccin à revêtir une légitimité sociale et éthique qui oblitère son aspect coercitif. dépossédé de son caractère occidental il devient un symbole du progrès que l'on essaie d'ancrer dans une tradition islamico-iranienne, le rapprochant spontanément de techniques traditionnelles d'immunisation humaine (leishmaniose) et animale ( clavelée).
Déjà pratiquée dans l'Iran du Shah, la vaccination est devenue partout accessible depuis 1984 et le taux de couverture vaccinale est au quatrième rang mondial depuis 1990. L'acte vaccinal de nos jours tend à devenir un droit revendiqué.

(bull. n° 27, sept. 1996)