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THESE Traité de psychopathologie
et thérapeutique réunionnaises. S’appuyant à la fois sur des constatations issues de la consultation de psychothérapie transculturelle du CMPP de Saint-Denis et des observations effectuées par l’auteur dans un dispositif de soin « traditionnel », cette thèse cherche d’abord à parcourir la psychopathologie réunionnaise tant sous des formes culturelles que sous des formes plus classiques. Ici, à la Réunion, la détresse psychologique de certains se lit à partir d’étiologies étranges. Elles s’enracinent et se déploient à partir de l’histoire d’une région de la République. Une histoire marquée par la créolisation continue de l’humanité de ses habitants, constituée à partir d’une violence primordiale au cours de laquelle une vision du monde a cherché à dominer et soumettre les autres. Il peut exister une inadéquation entre la pratique psychologique et la détresse exposée. La résistance de certains patients à des propositions thérapeutiques classiques oblige le thérapeute à accepter de reconnaître l’autre comme vivant dans un monde multidimensionnel, organisé en termes de sacré et de profane, de visible et d’invisible, de naturel et de surnaturel.
Les patients produisent des désordres culturellement normés, enserrés dans un réseau de savoirs culturels pré-construits et partagés par un collectif. Ainsi l’entourage est-il en mesure de reconnaître les symptômes, de les nommer et actualiser la probabilité de guérison. La mise en mots des maux permet le passage d’un faisceau d’éventualités à une éventualité particulière puis à une démarche thérapeutique. Le symptôme n’a pas d’existence en soi mais possède une signification et une fonction pour le sujet et ceux à qui il est destiné. Existe-t-il des symptômes « réunionnais » ? L’étude de l’anthropologie du sacré dans une perspective psychologique amène à l’insistance sur l’une des fonctions, essentielle, du rituel : créer de la limite, de l’enveloppe, culturelle, sociale, individuelle et psychique. Dans cette perspective dynamique, le rituel et sa pratique s’actualisent au rythme des stress, des moments de fragilité qu’un individu est amené à traverser dans sa vie. Le désordre peut alors se concevoir comme une effraction, une déchirure de l’enveloppe psychique. Cela fait le lien avec les théories actuelles du traumatisme. Un désordre ethnique, comme celui imputé
à une attaque sorcière, une transgression de tabou, un
cheveu « maillé », etc., peut être interprété
comme une effraction de l’enveloppe du sujet par un Invisible.
La présence insistante des morts, tant dans la genèse
des désordres que leur utilisation dans certains dispositifs
thérapeutiques, amène à formuler l’hypothèse
que le recours au traumatisme, suite à une effraction par un
Invisible à l’égard des plus fragiles, est délibéré.
Le traumatisme et le rituel de guérison qu’il entraîne,
cherchent à provoquer la métamorphose de l’identité
au plan individuel, social, culturel.
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