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THESE Le regard réciproque
: ethnographie des désordres psychologiques à l'île
de la Réunion.
Pour cela, elle a choisi d'étudier les conceptions du malheur psychologique, les conditions socio-culturelles de sa gestion au quotidien, ainsi que les principes mis en œuvre et les logiques sous-jacentes à sa prise en charge par des guérisseurs locaux. Ceci la conduit à mettre en valeur l'existence de savoirs séculairement façonnés par la rencontre de traditions et de cultures multiples, convergents et divergents, s'imposant pour fournir un cadre d'interprétation et de prise en charge à la fois autre et complémentaire de celui qu'offre la psychiatrie moderne. Dans ce cadre, les désordres qu'on pourrait dire de nature psychopathologique ne sont pas appréhendés sous leurs seuls angles mentaux ou psychiques. Ils s'inscrivent dans une dynamique d'ensemble dont la rupture d'équilibre conduit à questionner l'état de l'âme et du corps, les relations de l'homme avec l'univers visible et invisible. Bien qu'accordant la prépondérance à
la description des faits observés, cette thèse n'est pas
une monographie au sens classique du terme. Elle repose sur l'éclatement
de la démarche sur plusieurs terrains : le sud et l'Ouest de
l'île ; la rencontre avec des interlocuteurs d'origines culturelles
et sociales sensiblement différentes, demeurant tant en milieu
rural qu'en milieu urbain, frappés ou non d'un malheur d'ordre
psychologique; la récolte de données aussi bien auprès
de guérisseurs se réclamant de traditions et d'origines
diverses, de groupes religieux implantés de longue date (christianisme
, hindouisme, cultes africains et malgaches) et de mouvements nouveaux
(pentecôtisme); d'institutions de santé mentale dont l'usage
interfère avec la pratique religieuse et les actes de soin. Le premier volume de la thèse intitulé
"cadre pour mettre en forme un sujet" porte sur cette reconstruction
obligée. Tout en délimitant le contexte de sa recherche,
une société créole et plurielle, l'auteur livre
et analyse des éléments de son histoire personnelle et
de son itinéraire d'ethnographe afin d'établir la distance
scientifiquement requise avec son objet. L'auteur présente ce travail sur le double
registre de l'idiosyncrasique et du collectif, comme la façon
qui lui est apparue la plus appropriée pour rendre compte des
processus constants de réinterprétation et de réinvention
qui fondent l'art de vivre créole et d'une façon plus
précise les manières originales qu'il propose pour gérer
les malheurs dont les désordres psychologiques. Elle le situe
aux confins théoriques d'une anthropologie médicale et
d'une ethnopsychiatrie : position qui la conduit à ne négliger
ni la question du religieux, ni celle de l'approche des faits contemporains
de société. Dans la mesure où elle accorde une
large place à l'interférence de la subjectivité
du chercheur avec la collecte de son matériau, ainsi qu'aux effets
en retour sur la personne de ce chercheur et sur la présentation
finale de son objet, du regard que ceux qu'il observe porte sur lui,
cette thèse met aussi en valeur les phénomènes
interactifs importants dans toute recherche ethnographique. |