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THESE Santé, espace de vie
et société en pays Tamoul, approche géo-anthropologique
de trois villages en Inde méridionale.
En effet, la maladie comme manifestation d'un désordre biologique est, d'emblée, soignée par le médecin, même si son origine est considérée comme surnaturelle. En ce sens, la reconnaissance d'une étiologie n'implique pas forcément un choix thérapeutique. Le mauvais il et la sorcellerie peuvent, ainsi, causer diverses maladies répertoriées comme relevant du système biomédical. Dans ce cas, on joue sur la distinction étiologie / nosologie. S'il s'agit d'une maladie reconnue par la bio-médecine, on recourt d'abord au médecin. Le système traditionnel n'est qualifié d'emblée que si la distinction étiologie / nosologie est suspendue et où, donc, la nosologie correspond spécifiquement à la définition classique des maux d'origine magique. C'est seulement les maladies qui ne semblent pas relever d'un désordre biologique localisable mais bien d'un état mental. La maladie devient surnaturelle quand le corps n'est pas atteint. En dehors de ce cas de figure, le surnaturel intervient seulement : 1) pour donner un complément de sens ou une explication à des maladies considérées comme naturelles, principalement en cas de rechute ; 2) pour préserver un secteur d'espérance quand les maladies ne peuvent être guéries. L'efficacité des ces deux fonctions tire sa crédibilité de son insertion dans le système des relations interpersonnelles de la culture marocaine. La particularité du système "traditionnel" est, en effet, d'expliquer la fortune comme l'infortune par l'existence de relations conflictuelles entre proches ou entre pairs. C'est parce que les conflits sont présents que la sorcellerie, le mauvais il et les génies sont crédibles. La crédibilité du système de soin, liée à leur existence, en découle. Il ne faut donc pas penser que le maintien du système de soin "traditionnel" soit lié à sa capacité à traiter les symptômes, il est d'abord lié à une conception de l'origine. Traitement symbolique des maux personnifiés, la thérapie traditionnelle contourne donc le corps et la maladie, car la maladie surnaturelle exprime une conception des relations sociales et du sens auquel les acteurs recourent spontanément quand les explications naturelles font défaut. Cette séparation des domaines de chaque système fait qu'il n'y a ni interférence entre les systèmes ni de réfutation de l'un par l'autre, du point de vue de l'acteur, puisque chacun des deux, à propos d'un même événement, fait appel à deux ordres de réalité séparés. On croit à la médecine, comme on croit à la sorcellerie, mais pour des raisons différentes. La distinction entre les maladies naturelles et les maladies surnaturelles permet donc d'organiser la coexistence de deux conceptions du mal, en concédant à l'une la gestion du corps biologique et à l'autre la gestion du corps social.
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