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THESE

Le rôle des vaccinations dans la baisse de la mortalité des enfants en Afrique. Résultats d'une enquête longitudinale menée dans la zone rurale de Bandafassi, au Sénégal, entre 1970 et 1993
Annabel Desgrées du Loû, Muséum National d'Histoire Naturelle, Paris, 21 novembre 1994.


La mortalité des enfants en Afrique au Sud du Sahara est la plus forte du monde. Mieux connaître les niveaux, les facteurs, les causes de cette mortalité et leurs évolutions est donc primordial, mais difficilement réalisable à cause du manque d'informations démographiques et sanitaires disponibles dans les pays africains. D'où le recours à des observatoires de population, populations de quelques milliers d'habitants où des informations sont recueillies régulièrement pendant une période donnée.

L'observatoire de population de Bandafassi est situé au sud-est du Sénégal, en zone rurale éloignée des grands centres urbains. Il est constitué de 38 villages où vivent environ 8600 habitants appartenant à trois ethnies : les Bedik, les Peul et les Malinké. Trois types d'enquêtes ont été conduites dans cette population : un recueil routinier des informations démographiques commencé en 1970 ; une enquête sur les causes de décès d'enfants, par autopsies verbales auprès des mères à partir de 1985 ; enfin une enquête de couverture vaccinale des enfants en 1992. Il en ressort que la mortalité des enfants dans cette zone rurale isolée est très forte : le risque de mourir avant 5 ans sur la période 1981-1993 y est de 313 pour mille. La rougeole, frappant les villages par épidémies meurtrières, était une des principales causes de mortalité jusqu'en 1985. Cependant la mortalité des enfants a baissé de moitié entre 1981 et 1993. Cette baisse a concerné toutes les causes de décès, a été particulièrement forte chez les nouveau-nés et chez les enfants de plus de 9 mois.

Durant cette période, le seul changement majeur qu'ait connu la zone d'études est le démarrage du Programme Élargi de Vaccination, programme mondial lancé en 1987 dans les villages étudiés, où les enfants n'étaient quasiment jamais vaccinés jusqu'alors. La baisse de la mortalité apparaît étroitement liée au niveau de couverture vaccinale, et l'abandon de la vaccination, dans certains villages isolés a été suivi d'une remontée de la mortalité. Le vaccin contre la rougeole paraît être l'un des principaux responsables de cette baisse de mortalité. En plus de la réduction de mortalité attendue due à la diminution des décès par rougeole, on observe une baisse supplémentaire qui confirmerait un effet bénéfique non-spécifique du vaccin contre la rougeole, observé ailleurs en Afrique. (Résumé de l'auteur.)