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THESE

La place du fou, du malade mental dans notre société française actuelle.
M. Faure-Tunno, 'Université Paul Valéry, Montpellier.


Afin de préserver l'identité du corps social, le premier mouvement thérapeutique pour traiter la folie a reposé essen-tiellement sur l'enfermement. On a refoulé ou exclu les singularités discordantes. Nous assistons, depuis les années 70, grâce à la volonté du corps médical et à l'appui des législateurs, à une tentative d'insertion des fous ou malades mentaux dans le tissu social. Mais la tâche se révèle difficile. Il faut d'abord insister sur le fait que l'univers du malade mental reste un univers décalé, qui n'a que peu de prise sur la réalité. Ensuite, à côté d'obstacles liés aux représentations qui prévalent dans la pensée populaire sur la maladie mentale, héritage d'une symbolique ancienne concernant le fou, cette volonté d'intégration se heurte à d'autres obstacles propres au système institutionnel actuel de prise en charge et aux impératifs économiques de notre société.
Cette thèse s'appuie sur un long terrain et une ethnographie détaillée d'un centre d'accueil de jeunes autistes, que l'auteur présente à travers un récit de sa vie quotidienne d'intervenante dans ce centre tout en mettant en relief les relations avec le monde environnant.
Malgré les efforts, le malade mental, sans être nécessairement exclu de la vie sociale, n'y est véritablement ni admis ni toléré. Il erre dans un entredeux, demeure sur un seuil. Telle est sa place, telle est la place que la société est prête à lui accorder et telle est la place qu'il est en mesure de prendre. Déterminer cette place dans notre société nous ramène, en fait, à un exemple parmi d'autres du traitement de l'altérité qui reflète la manière dont nous nous pensons nous-mêmes. La personne atteinte de maladie mentale est un alter ego aliéné qui ravive en nous les an-goisses enfouies, insupportables et inavouables, de notre condition humaine, et qui nous rappelle combien la ligne de démarcation entre l'individu "sain d'esprit" et l'individu "malade mental" est étroite.


(Bull. n°.42, juin 2000)