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THESE
Le spectre et le voyant. Esquisse
d'une théorie sur un système d'échanges entre morts
et vivants en Islande.
Christophe Pons, Université de Provence, décembre
1999
Le terrain choisi pour cette étude ethnographique est une région
de l'extrême nord-ouest de l'Islande. Durant plus de dix mois,
des entretiens ont été menés auprès des
vivants afin de découvrir et comprendre ce que leur disaient
les morts. L'étude conjugue deux démarches articulées
l'une à l'autre mais faisant chacune l'objet d'une analyse autonome.
Tout d'abord une étude de cas : celle d'une famille aux prises
avec un "fantôme" dont les manifestations, à
travers les crises d'angoisse de l'avant-dernière fille, sont
étroitement liées à celles d'un défunt,
le grand-père maternel, qui a lui-même exercé une
fonction de "voyant" et qui est assimilé à un
"esprit protecteur". L'analyse décrit le réseau
généalogique à travers lequel se déploie
cette "présence spectrale", en distinguant les différentes
positions occupées par les membres de la famille.
Ensuite l'étude s'appuie sur une ethnographie de la présence,
au quotidien, des êtres de l'hinum megin, l'"autre côté"
; l'attention est portée sur les lieux occupés, la diversité
des formes d'échanges entre communauté des morts et communauté
des vivants, les réseaux de relations sociales créés
et entretenus par la circulation des messages des morts, enfin les spécialistes
coutumiers ou professionnels qui en ont la charge.
Au final, ces deux démarches nous révèlent une
étonnante société dont le principal souci semble
bien être d'entre-tenir un intense commerce au quotidien avec
cette autre moitié d'elle-même, son double invisible peuplé
d'ancêtres, de spectres et d'esprits. Ce "commerce invisible"
répond à une demande sociale attestée, celle de
"gérer" les moments clés des naissances et décès.
Cette activité symbolique redouble lors des circonstances de
maladies ; dans les situations graves ou fatales, les morts ont toujours
un devoir d'apparition. Ils se déplacent soit pour guérir,
soit pour annoncer l'inévitable. Mais quelle qu'en soit l'issue
(itinéraire thérapeutique ou préparation au départ),
leur parole est fondamentale au bon devenir du sujet.
(Bull. n°.42, juin 2000)
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