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THESE

Références culturelles et pratiques de soins : Le service du Centre Hospitalier Universitaire de Pointe-à-Pitre. Représentations de la santé et de la maladie des soignants antillais.
Lucienne Carpot, EHESS Paris.


L'objectif de cette thèse est l'analyse de la perception de la santé et de la maladie des soignants antillais en milieu hospitalier. L'étude repose sur un long travail d'observation de ces soignants (sages-femmes, infirmiers, aides-soignants, agents soignants hospitaliers) au Centre Hospitalier Universitaire de Pointe-à-Pitre, en tentant aussi une comparaison avec l'univers hospitalier métropolitain.
Le premier chapitre présente la problématique en partant de l'hypothèsee d'une spécificité des pratiques antillaises. Il s'agit de comprendre l'importance de la culture antillaise traditionnelle, dans un milieu hospitalier qui valorise le biomédical, au travers des discours et des comportements des soignés en insistant sur l'importance de l'espace hospitalier et de l'espace social (métropolitain et antillais) dans lequel évoluent ces professions de la santé.
Le second chapitre évoque l'histoire de la situation sanitaire et les rapports aux soins en Guadeloupe. Cette perspective historique met en relief l'influence du passé colonial marqué par la traite, l'esclavage et le système de plantation. Ainsi, la représentation et les pratiques antillaises traditionnelles en matière de santé et de soins sont issus de la médecine coloniale mêlant recettes amérindiennes et africaines aux savoirs européens hérités de la tradition hippocratique et galénique. L'analyse de l'évolution sanitaire de l'île montre comment le traditionnel s'est implanté dans les hôpitaux de plantation puis a perduré jusque dans les années soixante-dix à Ricou, ancien hôpital principal de Pointe-à-Pitre par le biais des tradithérapeutes exerçant aux côtés des médecins biomédicaux.
Dans le troisième chapitre, à partir de l'étude des perceptions de la santé et de la maladie des soignants antillais, la question de l'interaction entre la médecine traditionnelle et la médecine biomédicale est posée. L'examen des logiques mises en oeuvre par les différents groupes de soignants (Métropolitains, Antillais de Métropole, des Antilles, ou Antillais de retour des Antilles) souligne la présence d'une pluralité de systèmes de référence. Elle a différentes conséquences selon le groupe. Les soignants techniciens relevant davantage du bio-médical occultent et dévalorisent le traditionnel pour une meilleure reconnaissance professionnelle. Chez les soignants anciens de Ricou, plus axés sur le relationnel, on note une prévalence de la perception traditionnelle.
Le quatrième chapitre traite du corps comme médiateur de la relation soignant/ patient. Après une présentation de la perception occidentale et antillaise du corps, il aborde la prise en charge du patient avec une attention particulière sur la manière dont les soignants gèrent leur propre corps. Cette partie met en relief les différents comportements du personnel soignant en faisant la distinction entre les relationnels, plus attachés à un bien être global des patients et les techniciens plus préoccupés par l'aspect technique des soins. La question de la gestion de la mort, de l'espace hospitalier et du temps d'exercice pris aussi en compte illustre bien les difficultés et les contradictions entre les différents groupes et catégories de soignants.
Le dernier chapitre aborde les conséquences du pluralisme médical examiné d'abord à travers la gestion de l'écrit et de l'oral. L'écrit est valorisé et fonction du statut. La communication verbale va être diversement appréciée, reflet de la diglossie ambiante entre le français et le créole. Ainsi, l'infirmier pour affirmer sa technicité et son appartenance au monde moderne va davantage se servir de l'écrit et va parler en français, tandis que l'aide-soignant plus proche du patient par sa fonction va utiliser le créole. Mais l'itinéraire personnel et professionnel (Métropole ou local) va intervenir dans le positionnement de chacun et aussi dans la construction identitaire du soignant, pris entre une culture antillaise et une culture professionnelle.
En conclusion, il existe une spécificité des soignants antillais qui a son origine dans leur perception particulière de la santé et de la maladie, issue de leur culture plurielle. La différence entre les groupes de soignants se situe plus précisément dans le rapport à la santé, tributaire de l'itinéraire personnel et professionnel du soignant. Il faut noter que les soignants associant technicité et démarche relationnelle en opérant une synthèse entre les différents systèmes auxquels ils font référence ont une meilleure prise en charge globale du patient.

(Bull.35 septembre 1998)