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THESE
Pouvoir de guérir,
pouvoir social et prestige religieux : autour du cheikh kurde.
Mustafa Aslan, Université d'Aix-Marseille, mars
1998.
Le travail essaie de mettre au jour les rapports entre la mission thérapeutique
des cheikhs dans la prise en charge de la maladie, leur charisme religieux
et leur pouvoir politique que l'auteur a observés, à travers
bien des difficultés, dans trois régions habitées
par les Kurdes : Kahta et Nurshin à l'est de la Turquie et Qamichliye
au nord de la Syrie.
Dans ces régions deux enquêtes à caractère
ethnographique ont été effectuées, en 1993 en
Turquie et en 1994 en Syrie. L'auteur a rencontré les différents
thérapeutes traditionnels, des cheikhs, des patients et des médecins
issus des facultés de médecine. Il a également
étudié les conditions économiques et sociales des
habitants des régions étudiées, dont l'économie
est essentiellement agro-pastorale. Le faible niveau de vie rend souvent
difficile l'accès à la médecine moderne, dont l'offre
est d'ailleurs très insuffisante face aux besoins des populations.
Durant l'enquête, le chercheur a analysé la structure
sociale et l'organisation de la parenté dans les trois régions,
et observé la façon dont les malades sont pris en charge.
Il a également étudié les pratiques de thérapeutes
traditionnels, ainsi que la mobilisation sociale suscitée par
la maladie et par la mort. Ces enquêtes apportent des données
qui sont souvent les premières jamais publiées sur le
monde kurde dans le domaine de l'anthropologie médicale. Elles
montrent d'abord le rôle important des relations de parenté
et des réseaux locaux de solidarité dans la prise en charge
du malade. Les patients reçoivent l'aide financière et
le soutien moral de leurs proches ; il en va de même envers les
parents d'une personne décédée.
Les données de l'enquête ont surtout permis d'expliquer
comment les cheikhs parviennent à occuper une place importante
au sein de la société en s'articulant aux stratégies
politiques pratiquées par les chefs de tribus (alliances conclues
avec ces derniers, tendance à se marier ou à marier leurs
enfants avec les descendants d'autres cheikhs).
Or, dans leur discours, les cheikhs se présentent comme des guides
religieux chargés d'informer et d'orienter les murids, et les
croyants en général, dans le droit chemin (tariqa) : leur
mission thérapeutique n'est que l'une de leurs responsabilités
vis-à-vis de la société. Mais il s'agit d'une mission
dont le sens ressort de la comparaison avec celle des autres soignants
des régions étudiées. Les cheikhs se démarquent
d'eux non par leurs connaissances médicales particulières,
mais par leur image de personnes sacrées capables de guérir
les gens des maladies les plus graves. Cette image détermine
souvent l'itinéraire thérapeutique de patients qui croient
en l'existence des esprits et à la force spirituelle des cheikhs,
telle qu'ils peuvent être consultés même après
leur mort. Cette même croyance fait que l'on consulte les épouses
des cheikhs (elles-mêmes descendantes de cheikhs) au même
titre que ces derniers.
Ainsi, en analysant la fonction thérapeutique des cheikhs, du
point de vue de l'anthropologie médicale, constate-t-on qu'ils
restent des thérapeutes singuliers par rapport à tous
les autres soignants : ils ont le statut de saints, censés disposer
d'un pouvoir sacral qui manque aux autres soignants.
(Bull. n° 33, mars 1998)
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