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COLLOQUE

Le rôle des ONG en Inde dans la lutte contre le sida; les rapports entre recherche et action. Colloque-rencontre tenu à Pondichery les 7, 8 et 9 novembre 1997.

Cette rencontre s'intègre aux activités de recherche menées par Frédéric Bourdier et des équipes indiennes de Madras et Madurai sur l'épidémiologie sociale du sida en Pays Tamoul. Une centaine de personnes - administrateurs de la santé, responsables d'ONG, chercheurs en sciences sociales, représentants d'organisations internationales, médecins confrontés à l'épidémie - ont participé aux cinq sessions :
- position des ONG indiennes dans l'environnement national et international,
- implication des ONG concernant les aspects médico-légaux et des droits de l'homme,
- collaborations réalisées et à entreprendre entre chercheurs et activistes (recherche préalable, recherche comme processus continu, évaluation),
- activités des ONG en rapport avec la prise en charge des malades et des séropositifs rejetés de leur famille,
- multiples expériences des ONG et champs d'action en matière de prévention dans les divers États de l'Inde.
Plus qu'un colloque formel, il s'agissait d'une rencontre où les interactions et les débats furent privilégiés. Il n'est pas possible de présenter les communications et conversations qui en ressortent (une publication est prévue pour l'année 1998) mais quelques thèmes majeurs se dégagent. La pléthore des ONG en Inde, quoique leur distribution géographique soit très inégale, est le résultat direct de financements internationaux qui ont le désavantage de dicter aux ONG les lignes directrices de leur action de prévention, sans que soit pressenti l'intérêt d'une mise en évidence des particularités socioculturelles et économiques locales. Outre un manque crucial de recherche, il s'ensuit une tendance à l'uniformité des campagnes d'intervention. Les ONG ont donc pour la plupart une marge d'action limitée. Les recherches menées sont par ailleurs très standardisées. Il est à déplorer qu'elles se restreignent aux études KABP qui ont peut-être un certain intérêt pour les bailleurs de fonds soucieux de se procurer une toile de fond de la situation indienne, mais qui s'avèrent dans la pratique peu utiles, très aléatoires pour les ONG, souvent conscientes des limites d'une telle approche. Fait paradoxal, la politique nationale pour la lutte contre le sida reste à formuler dans ce pays de 900 millions d'habitants où l'épidémie est estimée toucher environ 2 millions de personnes (OMS). Alors que des États déploient des efforts incontestables (Manipur, Tamil Nadu), d'autres adoptent encore une attitude de déni. Dans certains lieux (milieux rural, Rajasthan, Bihar), les ONG ont énormément de mal à s'implanter compte tenu de la forte stigmatisation liée à l'épidémie. Des réseaux de personnes séropositives, d'associations gay, présentes durant ces journées, ont le courage d'émerger et de travailler dans des conditions difficiles, au risque d'être davantage discriminés quand il y a revendication de statut. Malgré cela, des gens de tous bords se battent pour faire respecter les droits les plus élémentaires des personnes atteintes, des chercheurs essaient de contribuer à une meilleure compréhension des mécanismes de diffusion de l'épidémie et de nombreux médecins s'en remettent aux spécialistes du social pour appréhender des phénomènes échappant à leur compétence. Tel est peut-être l'enseignement de cette rencontre dont l'hétérogénéité des participants a incontestablement fait la force. Frédéric Bourdier, Pondichery

(Bull. n° 32, déc. 1997)