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COLLOQUE
Première Conférence
Internationale sur l'Amélioration de l'Utilisation des Médicaments
Chiang Mai, Thaïlande.
Elle a réuni 272 personnes venant de 46 pays différents,
et représentant des intérêts divers : ONG, universités,
ministères de la Santé, organisations de consommateurs,
industrie. L'OMS, INRUD (International Network for Rational Use of Drugs)
et l'USP (United States Pharmacopeial Convention) comptaient parmi les
principaux sponsors de cette conférence.
Cette conférence, sous la direction scientifique
de Dennis Ross-Degnan, se donnait pour programme d'identifier, parmi
les nombreux travaux de recherches et les actions entreprises dans le
champ de l'utilisation des médicaments, les stratégies
et les interventions les plus efficaces, et d'établir pour les
années à venir les directions de recherche et d'action
les plus importantes.
Pour soutenir ce programme ambitieux, chacune des 4 denses journées
de travail se proposait d'aborder un ou deux thèmes spécifiques,
à l'appui desquels une vingtaine d'expériences de terrain
étaient, chaque fois, exposées au sein de plusieurs groupes
de travail (au total, 120 interventions avaient été retenues
pour des présentations orales ou des posters). Chacune des sessions
étaient précédée par l'exposé d'un
article de synthèse, qui s'efforçait d'établir
un bilan critique des interventions menées à ce jour (dans
les pays en développement, pour la quasi-totalité) pour
améliorer la pratique pharmaceutique par les professionnels et
l'utilisation des médicaments dans les communautés, et
pour évaluer l'impact des mesures économiques et politiques
dans le domaine de l'utilisation des médicaments.
Le travail remarquable d'organisation et de synthèse fourni à
l'issue de chaque session par les organisateurs, en collaboration avec
les partenaires thaïlandais, a permis de parvenir à des
conclusions très intéressantes (résumées
ci-dessous). On peut toutefois faire deux remarques, d'un point de vue
anthropologique.
En dépit de son sous-titre ("Etat des connaissances et directions
futures"), cette conférence, plutôt qu'un état
des connaissances sur l'utilisation des médicaments, se donnait
pour objectif de recenser et d'évaluer les méthodes d'ores
et déjà mises en oeuvre, afin de retenir les plus efficaces
et pertinentes. On peut regretter que le sens des termes clefs de cette
conférence ("utilisation rationnelle", "efficacité",
"amélioration"...), n'ait jamais été
mis en question, même lorsqu'une perspective anthropologique soutendait
la démarche adoptée. Dans ce sens, on peut dire que la
conférence avait les limites mêmes de ses objectifs : cherchant
à établir un bilan des actions les plus efficaces pour
améliorer l'utilisation des médicaments, les interventions
et les discussions ne s'arrêtaient que peu sur les diversités
des contextes et des situations d'utilisation, et faisaient l'économie
d'une réflexion sur ce qu'est une "bonne" utilisation
des médicaments, et donc sur certaines raisons fondamentales
pour lesquelles les médicaments donnent lieu à ces mésutilisations.
On peut comprendre en partie cette préoccupation, du fait de
la nature des sponsors de la conférence et des intervenants,
souvent tournés vers l'action et en demande d'outils efficaces
et de solutions rapides. Toutefois, il n'est pas garanti que prendre
ce raccourci soit, à plus long terme, la meilleure stratégie,
même pour des acteurs de terrain : il vaut peut-être mieux,
par exemple, essayer de comprendre comment on peut parvenir à
un compromis entre les diverses logiques en présence, lorsque
la mesure de l'efficacité d'un médicament n'est pas la
même pour tout le monde, plutôt que de s'efforcer de faire
changer les comportements "irrationnels" (dont on sait que,
précisément, ils sont particulièrement résistants
au changement).
La seconde remarque, plus fondamentale, concerne l'accent appuyé
accordé à l'aspect évaluation des interventions
et des méthodes. Il est vrai qu'une méthodologie rigoureuse
et la perspective d'une évaluation de l'action améliorent
souvent la qualité scientifique d'un travail. Mais on peut craindre
que, d'une part, l'évaluation d'une intervention ne soit parfois
plus coûteuse à mettre en place que l'action elle-même
; et que d'autre part, la prise en compte exclusive des projets dont
on peut contrôler et évaluer les résultats ne contribue
à écarter les initiatives les plus créatives, "compréhensives"
et qualitatives, au profit des actions quantitatives, à partir
d'indicateurs standarts et stéréotypés.
Résumé des principales conclusions, établi à
partir du bilan provisoire communiqué par le comité scientifique
:
1. Importance d'une méthodologie rigoureuse, incluant une mesure
de l'impact de l'intervention
La nécessité de suivre une démarche méthodologique
rigoureuse lors de la mise en oeuvre d'interventions destinées
à mesurer ou à améliorer l'utilisation des médicaments,
a été soulignée de façon répétée
au cours de la conférence. Aujourd'hui, un nombre considérable
d'interventions sont entreprises sans réflexion méthodologique
préalable suffisante, et sans prévoir d'évaluation
ultérieure. Outre le fait qu'une démarche rigoureuse améliore
la qualité scientifique de l'intervention, l'utilisation d'indicateurs
standardisés (l'OMS en propose certains), la mise en place de
groupe témoins ou encore des mesures prises avant, pendant et
après l'intervention sont indispensables pour évaluer
l'impact de l'intervention et, en second lieu, pour valider ou non la
démarche mise en oeuvre pour des futures interventions.
2. Des lieux et des objets d'interventions sélectifs
Bien qu'un nombre considérable d'interventions aient été
menées dans les pays en développement pour évaluer
l'utilisation des médicaments par les professionnels de la santé
ou par la population, la répartition de ces interventions n'est
nullement homogène, ni en ce qui concerne les lieux de santé
étudiés, et ni en ce qui concerne les médicaments
ou les populations évaluées.
Ainsi, une documentation abondante est disponible sur l'utilisation
des médicaments dans les lieux publics de soins de santé
primaires, qui semblent faire l'objet des interventions les plus efficaces
et les mieux contrôlées. La diarrhée aigüe
et les infections respiratoires chez l'enfant constituent le sujet de
la majorité des études recensées à l'occasion
de la conférence, et offrent en conséquence une information
riche.
Au contraire, relativement peu de données sont disponibles sur
l'usage des médicaments dans le secteur privé, par les
populations autres qu'enfantines, et pour le traitement des maladies
chroniques, ceci peut-être en raison des préoccupations
prioritaires des financeurs en matière de réduction de
la mortalité infantile. L'hôpital, de même, a suscité
jusqu'à présent peu d'interventions dont les résultats
soient fiables, ce que l'on peut déplorer, car, selon les participants
de la conférence, l'hôpital constitue une composante-clef
des systèmes de santé, et offre en outre un environnement
contrôlé et donc favorable à une intervention ou
à une recherche.
3. Démarches participatives et "ascendantes" (de la
base au sommet)
Quelles que soient les méthodologies sollicitées pour
améliorer l'utilisation des médicaments, évoquées
au cours de cette conférence, les actions les plus efficaces
reposent sur une approche participative et orientée vers la résolution
de problèmes concrets (et non pas théorique et "doctorale",
du "haut" vers le "bas"). C'est particulièrement
vrai de la formation professionnelle des dispensateurs, qui doit être
répétée en outre dans le temps. En dehors de la
formation, les indicateurs et principes directeurs (guideline) simples,
auto-administrés et élaborés en collaboration avec
les personnes qui en seront utilisatrices, sont des outils efficaces.
Au contraire, les interventions qui se contentent de disséminer
des guides de conduite cliniques ou de l'information sur les médicaments
sans apporter une attention soutenue aux conditions de la mise en place
de ces outils semblent nettement sous-efficaces.
4. Un constat en forme de recommandation : le pouvoir au consommateur
Le consommateur étant le décideur ultime quant à
l'utilisation de médicaments, il est d'une importance critique
de l'informer et de lui donner les moyens de procéder à
des choix et à des actions avertis. C'est un travail que font
depuis un certain temps les organisations qui défendent les droits
des consommateurs, tout comme les éducateurs de santé.
Mais l'éducation et la responsabilisation du consommateur ont
globalement peu retenu l'attention (et les financements) jusqu'ici.
De plus, lorsque des interventions sont entreprises dans ce sens, elles
sont très rarement évaluées, de sorte qu'il est,
le plus souvent, impossible d'en connaître l'impact réel
(par exemple, telle campagne d'information a-t-elle des conséquenses
sur les comportements des consommateurs ?). Malgré cette absence
d'évaluation, il semble que les interventions qui mettent en
oeuvre des méthodologies interactives, définies au niveau
local en tenant compte du contexte, et faisant appel à une variété
d'outils de communication, sont à recommander pour améliorer
l'utilisation des médicaments par dans les communautés.
5. Quel est l'impact des mesures politiques et économiques prises
au niveau national ou régional sur l'utilisation des médicaments
?
On obtient rarement de réponse à cette question (il semble
que le Zimbabwe fasse exception, étant le seul, parmi la cinquantaine
de pays avec un programme de médicaments essentiels, à
avoir évalué de façon satisfaisante l'impact de
ce programme sur l'utilisation des médicaments), de sorte qu'il
est difficile de connaître le degré d'efficacité
de décisions importantes, telles que le retrait de certains médicaments
du marché ou l'établissement de régulations sur
la prescription de génériques. Malgré l'absence
d'évaluation de ces mesures, il semble qu'une recommandation
pour assurer le succès de leur application soit d'accroître
la collaboration entre tous les groupes d'acteurs concernés par
la mesure en question : experts techniques, groupes porte-paroles des
consommateurs, et décisionnaires politiques.
* On signalera qu'INRUD a établi une base de
données bibliographiques sur l'utilisation des médicaments,
qu'il est possible d'obtenir sur disquettes, sur commande (se renseigner
auprès du Dr David Lee, INRUD Coordinator, Management Sciences
for Health, 1655 Fort Myers, Suite 920, Arlington, VA, 22209 USA. Email
: dlee@msh-dc.org).
Isabelle Favre (Bull. n° 31, sept 1997)
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