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COLLOQUE
Conférence Internationale
sur la culture et la santé. OMS-UNESCO, Chiang Raï, Thaïlande,
27-31 mai 1996.
Dans le cadre de la décennie pour le développement culturel
(1988-1997) dé-crétée par l'UNESCO, 1996 est consacrée
au thème "Culture et Santé". Chaque année
donne ainsi lieu à une rencontre, la "Journée mondiale
pour le développement culturel", sur un continent différent.
La Thaïlande avait été choisie pour
cette conférence vraisemblablement du fait de sa politique "d'intégration
de la médecine traditionnelle" au système de soin
: son prochain plan quinquennal prévoit d'équiper chaque
hôpital de province d'un dispensaire où seront utilisées
les "herbes médicinales" et les massages. Le lieu bucolique
de la Conférence, une petite ville du Nord de la Thaïlande,
rendait bien compte du "regard" des organisateurs sur le monde
populaire et traditionnel, faisant abstraction des conditions sociales
et économiques qui affectent actuellement la majorité
de la population. En effet, Bangkok compte 10 millions d'habitants,
soit le sixième de la population totale du pays, et ses bidonvilles
ne cessent de s'accroître. C'est pourtant une pratique inscrite
dans une vie rurale harmonieuse qu'évoquaient les organisateurs
de la conférence. La pratique traditionnelle telle qu'elle fut
décrite utilise les plantes, sans problème d'approvisionnement,
et semble accessible à tous.
Cette conférence visait manifestement le consensus, et proposait
l'exemple de pratiques traditionnelles "acceptables" (massages,
réduction de fractures simples, usage de plantes) ou entérinées
officiellement par le corps médical (acupuncture, homéopathie).
Certains exposés visaient à ramener au paradigme bio-médical
les habitudes locales (diététiques, sociales ou symboliques)
observées par exemple pendant la grossesse ou après la
naissance. Seul un tradipraticien fut invité à exposer
son point de vue, mais ses pratiques ne furent ni clairement exposées
ni discutées. En l'absence de consensus sur les termes de "tradition",
"médecine", "communauté", la conférence
consista en un défilé d'exposés vagues ; sous-jacente,
parfois clairement annoncée, la nécessité de réduire
les dépenses de santé.
Mais la notion que dans les pays pauvres le recours officiel, organisé,
à une "médecine par les plantes" puisse constituer
une solution au déficit budgétaire, entérinant
un système de santé complètement inégalitaire,
fut balayée d'un revers de manche : " Bien sûr, les
plantes sont aussi proposées aux riches ". De même,
l'accueil de malades du sida, trop nombreux pour la capacité
des hôpitaux thaïs, qu'improvisent de plus en plus de bonzes
dans l'enceinte des temples, faillit ne faire l'objet d'aucune question
de principe. Seule Norine Kaleeba (ONUSIDA) remarqua qu'il ne s'agissait
que d'un pis-aller, aussi admirable soit-il, signalant un échec
social retentissant, car la plupart des malades sont accueillis dans
les temples parce que leur famille les a rejetés. Les questions
touchant aux essais cliniques, au contrôle pharmacologique et
à la standardisation des produits ne furent traitées
que sous l'angle du coût et des aspects techniques, les aspects
juridiques de la mise sur le marché de ces médicaments
étant considérés comme trop complexes pour être
traités.
L'un des objectifs de la Conférence était la constitution
d'un réseau régional sur le sujet (peu défini).
Peut-être le seul intérêt de cette conférence
et de ce type de débat : pouvoir rencontrer des personnes aux
points de vue singuliers.
Soizik Crochet (bull. n° 28 Déc.1996)
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