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COLLOQUE
Quality of care initiatives
in South Africa : What lessons for policy. Centre for Health Policy,
University of the Witwatersrand, 22-23 novembre 2000.
Cette réunion organisée grâce à l’Ambassade de France en Afrique du
Sud a rassemblé un groupe restreint de spécialistes de santé publique
de différents statuts (en majorité des médecins, mais aussi des infirmières
et des représentants d’ONG), représentant différentes institutions
sud-africaines (universitaires, non étatiques, hospitalières). Il est
apparu tout d’abord que si la question de la qualité des soins est évidemment
une question centrale et récurrente pour tout système de santé, peu
de spécialistes ont réellement pris cette question à bras le corps
en tentant, d’une part, de porter une analyse sans concession sur les
raisons de la mauvaise qualité de la relation thérapeutique dans nombre
d’institutions de soins de première ligne, et d’autre part d’envisager
des méthodes d’évaluation précise et pragmatique pour améliorer la qualité
des soins. D’où l’intérêt de réunir en un atelier un groupe restreint
de spécialistes qui se sont véritablement penchés sur cette question.
Les constats faits pour l’Afrique du sud, mais aussi pour d’autres pays
du continent africain se rejoignent. Les patients attendent peu des
services de santé. Les relations entre personnels de santé et patients
sont souvent entachées de violences, violences parfois codifiées, par
exemple, lorsque l’on observe qu’une infirmière “aînée” peut apprendre
à sa “cadette” comment frapper une patiente. La mauvaise qualité des
relations entre soignants et soignés est liée au fait que la relation
ainsi instaurée est avant tout une relation de pouvoir et d’autorité,
mais qu’en général les personnels de santé se sentent peu impliqués
dans l’organisation du travail de leur structure de soins, qu’ils souffrent
d’une absence de reconnaissance réelle de leur statut, et qu’ils participent
peu au processus de décision. Le poids de l’histoire récente de l’Afrique
du sud semble régulièrement invoqué pour expliquer les situations de
violence observées. Cependant, on peut se demander s’il ne s’agit pas
là de l’arbre qui cache la forêt, d’autant plus que des situations analogues
sont attestées dans d’autres pays africains qui, évidemment, n’ont pas
ce passé d’apartheid caractéristique de l’Afrique du sud. Les constats
(et les critiques) ont surtout porté sur les comportements des infirmiers
et infirmières, davantage que sur celui des personnels placés plus haut
dans la hiérarchie médicale. Si la dénonciation des mauvaises pratiques
se rapportaient principalement aux attitudes des infirmières, c’est
qu’il convient d’accorder un intérêt particulier à ce personnel eu égard
au fait qu’il est celui qui est en contact permanent avec les patients,
qu’à ce titre il constitue sans doute le personnel le plus important
du système, et que l’amélioration de la qualité de la relation thérapeutique
passera nécessairement par une amélioration des pratiques de ces personnels.
L’approche par “l’assurance de qualité” (quality ensurance) fondée sur
une méthodologie éprouvée, basée sur des critères quantitatifs, et
parfois qualitatifs normatifs, donne rarement les résultats escomptés.
La mise en place d’une procédure d’évaluation, même menée par un organisme
indépendant, en vue de donner une accréditation à certains services
en fonction d’une performance évaluée à partir d’une grille préétablie,
ne semble pas être une garantie d’un service de qualité, et n’est donc
plus un outil à privilégier nécessairement. La question de l’amélioration
de la qualité des prestations par une amélioration de l’organisation
du système de santé a évidemment été posée. La rationalisation des
tâches, l’amélioration de la pyramide sanitaire, en tant que tels,
ne semblent pas suffire. Les réformes successives, chacune avec leurs
sigles et leur jargon spécifique, peuvent même parfois introduire de
la confusion, voire nuire au fonctionnement de certains services. S’il
ne saurait être question d’abandonner toute volonté d’amélioration de
la qualité des soins par une amélioration des systèmes de santé, le
problème principal est désormais l’articulation entre les réformes
du système et les modifications des attitudes individuelles des personnels
de santé. Ni les réformes des systèmes, ni les sanctions des mauvaises
pratiques ne semblent en elles-mêmes pouvoir contribuer significativement
à l’amélioration de la qualité des soins. Le défi qui est à relever
désormais est de créer une véritable “culture de la qualité”, qui n’est
pas étrangère au développement d’une culture des “droits de l’homme”,
question qui se pose sans doute avec une acuité particulière en Afrique
du Sud. Dans cette perspective quel contenu, quelle fonction véritable
accorder aux supervisions des centres de santé et qui ne se résumeraient
pas à une évaluation purement technique ? A cet égard, un des intervenants
n’a pas hésité à souligner les avantages de la méthode de “l’observation
participante” (méthode bien connue des anthropologues) pour procéder
à des évaluations satisfaisantes, avec toutes les difficultés qu’une
telle méthode peut soulever notamment quant au statut de l’observateur
qui est aussi membre du corps médical. Au bout du compte, il est apparu
qu’il était sans doute beaucoup plus important de s’interroger sur le
“pourquoi” (des dysfonctionnements, des mauvaises pratiques, etc.),
sans jugements de valeur négatif a priori, plutôt que sur le “comment”,
c’est-à-dire, par exemple, de l’amélioration d’un geste technique simple
et souvent bien connu des personnels de santé. Comme le défendaient
les partisans du bien-fondé de l’approche de la “family medicine”, l’important
est de favoriser les attitudes des personnels de santé qui permettent
de replacer le patient au centre de la consultation dans les structures
de première ligne.
Marc-Eric Gruénais
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