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COLLOQUE

"Le défi magique: spiritisme, satanisme, occultisme dans les sociétés contemporaines".
Colloque, Lyon, 6-8 avril 1992.


Coorganisé par le CESNUR (Center for Studies on New Religions, Turin, Pr Introvigne) et le CREA (Centre de Recherche et d'Etudes Anthropologiques, Lyon, Pr Laplantine) ce colloque ouvre aux anthropologues de la santé des perspectives troublantes.

Retenons en particulier la communication de Sherril Mulhern (Paris VII) : "La démonisation de la psycho-pathologie", qui a fait état des transformations récentes de la psychiatrie aux USA, avec en particulier le diagnostic de plus en plus fréquent de traumatismes psychiques subis par des patients lors de rituels sataniques. En effet, psychiatres et psychothérapeutes développent massivement des techniques d'hypnose destinées à faire resurgir des souvenirs réprimés qui seraient à l'origine de fractures de la personne entraînant des "personnalités multiples". Au cours des dix dernières années, les "souvenirs" mis à jour ont de plus en plus souvent consisté en rituels comportant des tortures, des viols collectifs et des cérémonies sataniques. Les victimes, au cours du "traitement", en viennent à vivifier leurs "souvenirs", tandis que les psychothérapeutes n'en mettent pas la réalité en doute. Ce faisant, ils confortent les croyances de leurs patients, car ils pensent qu'ils ont mis à jour des événements réels et non des fantasmes. La rumeur de l'existence de sectes et de rituels sataniques en est alors confortée, alors qu'on ne dispose d'aucune preuve objective en ce domaine.
Nous nous trouvons là devant un fait troublant: le renforcement d'une croyance par des thérapeutes qui prennent pour des faits réels ce qu'expriment les discours de leurs malades. Ils jouent alors un rôle essentiel dans la propagation de la rumeur, et donc dans sa reprise par d'autres malades...
Il était également troublant au cours du même colloque d'entendre des prêtres-exorcistes diocésains présenter les signes par lesquels ils distinguaient une pathologie mentale d'une véritable possession diabolique. Chez eux comme chez les psychothérapeutes américains, la croyance des malades s'alimente de celle de ceux qui les prennent en charge, car ils partagent un même paradigme, celui de l'existence réelle de démons, ou du moins de pratiques démoniaques...

J.B