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COLLOQUE
Soins et rites. Approches
interdisciplinaires de l'enfance. Colloque organisé du 5 au 7
octobre par le GR 1558 du CNRS "Anthropologie de l'enfance"
à l'IRD à Paris.
S. Lallemand a débuté par l'état
des lieux de l'anthropologie de l'enfance. Elle situe la naissance de
ce champ de l'anthropologie vers 1930 et cite ses fondateurs : B. Malinowski,
M. Mead, A. Kardiner. Il n'existe pas de concepts théoriques
propres à cette " sous-discipline " qui les emprunte
à l'anthropologie. L'anthropologie de l'enfance étudie
plusieurs champs : le champ symbolique, les techniques de soins, l'apprentissage,
la santé et la maladie.
La première partie de ce colloque a abordé
le rite dans le soin quotidien.
F. Loux souligne l'intérêt nouveau des anthropologues pour
la notion de soins.
De nombreux documents vidéo illustrent les interventions.
A.Epelboin montre combien le soin au nourrisson et au jeune enfant est
un lieu de lecture, pour l'ethnologue, des modes élémentaires
de la société : des soins qui, pris hors contexte, peuvent
paraître insupportables, permettent de comprendre une approche
interculturelle et politique.
D. Bonnet, à travers les techniques de gavage et de lavement
des nourrissons Mossi du Burkina Faso, interroge le lien entre le rite
et le soin : où commence le rite et où s'achève
le soin ? Les soins quotidiens sont inscrits dans les rituels. Autour
de la toilette, le discours est un discours de purification. La purge,
qui permet la séparation entre la mère et le nourrisson,
est aussi un lieu de conflit d'autorité entre les générations
: les jeunes femmes veulent se libérer de ce rituel face aux
vieilles femmes garantes de la tradition.
J. Bernabeu-Mestre, à travers une approche historique des pratiques
purgatives en Espagne, insiste sur la nécessité d'une
bonne connaissance du savoir populaire et du savoir scientifique. Les
" croisades hygiénistes " ont supprimé les pratiques
de soins familiales et induit un fort sentiment de culpabilité
chez les femmes, les transformant en " infirmières de leurs
enfants ".
L. Pourchez montre, à travers une remarquable vidéo, comment
le façonnage des corps, à la Réunion, constitue
un indice de l'appropriation identitaire des pratiques familiales (ex
: la purge comme purification, le bonnet pour façonner la tête
).
Ces conduites sont cachées aux praticiens de santé et
se font dans le secret de l'intimité familiale. Ces pratiques
de façonnage, qui ont disparu en France, subsistent à
la Réunion où l'on observe un glissement vers le rite
porteur d'un fort investissement identitaire.
Enfin, E. de Suremain, à travers son expérience au Pérou
et en Bolivie, parle de soins et rites appliqués à l'alimentation.
Le rite est pris au sens de " rituel ordinaire " selon Goffman.
La représentation du beau bébé est celle d'un enfant
bien proportionné, à l'alimentation équilibrée
; les femmes n'intégreront les conseils biomédicaux que
s'ils confirment ce qu'elle savent déjà.
La deuxième partie a porté sur les enfants
acteurs de rituels.
Dans certains exposés, ce sont les enfants qui jouent aux rituels
: en Côte-d'Ivoire, V. Duchesne montre, dans une vidéo,
des enfants Anyi imitant un rite de possession. Il s'agit d'un jeu véritable.
À l'opposé, chez les Mynianka Bamana du Mali, D. Jonkers
montre un rituel religieux réalisé par les enfants. Il
ne s'agit pas d'un jeu et, même si l'enfant possédé
n'est pas vraiment en transe, personne ne pense qu'il joue.
F. Dumas-Champion décrit la place de l'enfant dans les rituels
des Masa du Tchad : l'ordre générationnel est transgressé.
L'enfant incarne la fécondité dans un rôle d'officiant
rituel dans le mariage, puis il incarne la mort en tenant le couteau
sacrificiel dans les cérémonies de deuil ; enfin, il est
le maître des rites agraires, pourvu d'une fonction symbolique
associant fécondité lunaire et fertilité.
Enfin, le rite est vu sous l'aspect de son apprentissage, intégré
petit à petit par l'enfant d'autant mieux qu'il en est l'acteur.
La troisième partie a concerné la protection
et la prévention rituelles, les lieux religieux et l'inscription
socio-familiale du nouveau-né.
Plusieurs rites d'imposition du nom sont décrits.
Chez les Gouro de Côte-d'Ivoire, l'enfant est transfuge des ancêtres.
Il porte le nom d'un ancêtre et ne fera partie du monde des humains
que quand il se séparera de sa mère, vers deux ans (C.
Haxaire).
Le statut des jumeaux chez les Nzebi du Gabon les révèle
à la fois puissants et dangereux. Les jumeaux sont des génies
qui ont choisi de venir chez les humains ; ce sont eux-mêmes qui
envoient leur nom en rêve. Si la présence de jumeaux entraîne
une protection de toute la famille, leur pouvoir cesse à l'adolescence.
S. Blanchy décrit les bains rituels d'intégration familiale
chez les Bézanozano de Madagascar. Le tambave est une infusion,
un remède qui permet l'intégration dans le lignage paternel
: le fait d'en boire pour la mère et d'être baigné
dedans pour l'enfant permet d'entrer en contact avec les ancêtres
paternels. Le tambave protège des maladies de toutes sortes.
R. Dufour étudie l'inscription du nom dans la société
québécoise chez des enfants abandonnés qui sont
devenus " sans domicile fixe ". Le marquage onomastique est
réel. Enfants abandonnés légitimes ou illégitimes
auront des noms différents.
Un voyage dans le monde gréco-romain précise la fonction
des amulettes sur les enfants (bijoux pour écarter le mauvais
il, attaches d'origine végétale) : éloigner
les " démones " des enfants.
Enfin, S. Epelboin, dans notre société contemporaine occidentale,
revisite le rite autour de la naissance de jumeaux en France à
travers la relation parents-soignant et une prise en charge du médecin
qui s'étend à une prise en charge sociale.
La quatrième partie s'intitulait : " L'impératif
rituel. Dynamiques et revendications contemporaines. "
En France C. Le Grand-Sébille et M. Dumoulin parlent de traitement
symbolique des enfants morts en période périnatale dans
une maternité du Nord de la France, de la toilette mortuaire
aux funérailles. Le vide symbolique devant la naissance d'un
enfant mort-né ou le produit d'une fausse-couche tardive a poussé
M. Dumoulin à instaurer ces rituels symboliques, dans le respect
des familles et pour les aider dans leur travail de deuil.
V. Mirlesse nous montre le premier bain d'un grand prématuré,
dans un service de néonatologie. L'enfant est sorti de son incubateur
et " délié des machines " pour être confié
à sa mère le temps du bain. Ce bain prend signification
de première inscription sociale.
Enfin, C. Fonseca montre comment, dans les favelas
du Brésil, le baptême du nouveau-né prend la forme
d'une inscription sociale variée : l'ondoiement à la naissance,
à la maison, pour protéger l'enfant ; le baptême
à sept ans, à l'église, pour pouvoir se marier.
L'inscription à l'État Civil est souvent " oubliée
" car chère et compliquée
On voit comment des
populations en difficulté détournent les lois et rites
dans lesquels ils ne se retrouvent pas pour en créer de nouveaux.
Marie-Laure Cadart Bull. n° 44, décembre
2000
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