|
COLLOQUE L'anthropologie de la maladie
à la Conférence Internationale sur le Sida de Durban (7-14
juillet 2000) Il est évidemment impossible de résumer l'apport de ces travaux, dont la richesse peut être retrouvée sur le site de la conférence (www.aids2000.com) ou dans le CD-Rom qui rassemble les résumés des communications, disponible dans les CRIPS et les bibliothèques médicales, distribué au cours de la conférence par le laboratoire MSD. L'anthropologie médicale critique, pour laquelle plaidait Paul Farmer en 1995, lorsqu'il soulignait l'absence du concept de "pauvreté" dans les discours scientifiques, est maintenant bien présente. Les sciences sociales s'intéressent de plus en plus à "la réponse" de la société, en particulier à la façon dont les programmes de santé sont conçus et exécutés, et aux perceptions et pratiques des "acteurs" sanitaires. Les quelques "succès de la prévention" (notamment au Sénégal, en Zambie, en Ouganda ou en Thaïlande) sont désormais analysés au même titre que ses nombreux échecs. L'approche en terme de genre n'a rien perdu de sa pertinence, bien que les anthropologues semblent parfois la considérer comme surfaite, surtout en Afrique où 55% des personnes vivant avec le VIH sont des femmes, alors que le rapport hommes/femmes est largement en faveur des hommes sur les autres continents. Dans ce domaine, les "praticiens" pourraient être plus avancés que les "théoriciens", puisque de nombreux programmes ont désormais une approche "équilibrée" de la notion de genre, s'intéressant à la masculinité et développant des actions en rapport, alors que les sciences sociales ont jusqu'à présent appliqué le concept de genre essentiellement avec une approche analogue à celles des "études féministes" des années 1970, considérant uniquement les spécificités relatives aux femmes. Le thème de la prochaine Journée Mondiale du Sida sera d'ailleurs consacré aux hommes dans la lutte contre l'épidémie. L'approche conceptuelle qui a dominé cette conférence
a été celle du "fossé Nord-Sud" - bien
que le thème officiel en ait été "Break the
silence", "Bridging the gap" ayant été
le thème de la précédente conférence, celle
de Genève. Ce fossé entre le Nord et le Sud concerne l'épidémiologie
et l'accès au traitement. Il était présent dans
les thèmes traités et dans les enjeux politiques autour
de la tenue de la conférence. La question de l'accès aux traitements antirétroviraux, enjeu essentiel de cette conférence, fut le thème central de cette "participation communautaire" bien plus politisée que ne devaient l'imaginer les promoteurs de cette politique de santé dans les années 1980. Les scientifiques ont apporté des connaissances sur les moyens de "réduire le fossé" en analysant les stratégies économiques des firmes pharmaceutiques, les stratégies juridiques qui ont permis d'obtenir l'accès aux traitements pour tous dans des pays tels que le Venezuela, et les obstacles institutionnels et politiques à la mise à disposition de traitements au Sud, La Conférence et les échanges que permet un tel regroupement ont également contribué à "réduire le fossé", notamment en organisant des rencontres entre producteurs brésiliens, indiens, et thaïlandais, de médicaments peu coûteux, et responsables ministériels des pays africains susceptibles d'acheter ces traitements alternatifs aux produits des multinationales. Le militantisme des associations, qui ont organisé plusieurs manifestations et rencontres pour l'accès au traitement, créait un contexte où la notion de "recherche impliquée" prenait tout son sens. Une telle Conférence est également un
lieu d'observation privilégié des discours et des stratégies
de communication, notamment des responsables politiques et des firmes
pharmaceutiques. Le "fossé Nord-Sud" capte les représentations,
qu'on l'ignore comme Thabo Mbéki dans un déni de ses responsabilités
politiques, qu'on le présente comme une fatalité, comme
le font les firmes, qui parfois le soulignent pour mettre en valeur
leur magnanimité lorsqu'elles financent ponctuellement quelques
traitements. Bull. n° 43, octobre 2000 |