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COLLOQUE Sommes-nous condamnés à l'impuissance ? L'impact de la mondialisation sur la santé et les systèmes de santé Troisième colloque annuel du Réseau FRSQ (Fonds de recherche en santé du Québec) de recherche en éthique clinique. Montréal, 26 mars 1999.
Dans un premier temps, David Roy, directeur du Centre de Bioéthique de l'institut de recherche clinique de Montréal, a rappelé les mises en garde par divers observateurs de la mondialisation. Il rapporte un certain consensus quant au constat voulant que la mondialisation soit un faux nom, plus des deux tiers de la population mondiale étant exclus des "bénéfices" de cette mondialisation (Susan George, Observatoire de la mondialisation); que les contre-pouvoirs traditionnels (états, partis politiques, syndicats) sont de plus en plus impuissants à dénoncer ses abus (Ignacio Ramonet); que la globalisation transmet l'instabilité économique capitaliste aux économies locales (John Gray); que les programmes d'ajustement structurel (PAS) imposés par le FMI accentuent l'endettement des pays pauvres; et que, plus grave encore, la mondialisation a su imposer une sorte de culte de l'impuissance (Linda McQuaig) par lequel les acteurs sociaux intègrent la notion que rien ni personne ne peut retarder le processus. Roy conclut que la réflexion éthique sur l'accessibilité aux soins de santé dans les pays sous-développés, et même dans nos sociétés riches, ne peut faire l'économie d'une réflexion sur l'appauvrissement des États et l'enrichissement corrélatif des firmes multinationales. Le colloque a ensuite abordé l'analyse d'une série d'impératifs administratifs, politiques et socio-anthropologiques, avec lesquels les défenseurs de l'accessibilité universelle aux soins de santé doivent compter. David Levine, directeur du Centre Hospitalier d'Ottawa, a invoqué l'impact important des coupures budgétaires des dernières années sur les suppressions de lits, la fermeture d'hôpitaux périphériques et les fusions d'établissements de soins. Il a mis en évidence le fait qu'au Canada, l'importance des coupures de budgets générait des enjeux éthiques en termes de priorisation de clientèles face à des services disponibles en quantité désormais limitée. Vincent Lemieux, politologue de l'université Laval à Québec, a rappelé l'importance des enjeux éthiques qui se cachent derrière des décisions politiques visant l'atteinte d'un "déficit zéro" par les gouvernements provinciaux et fédéraux au Canada, tout en relevant le défaitisme qui transpire des propos des politiciens nationaux face aux impacts de la mondialisation sur les budgets d'État. Enfin, Gilles Bibeau, anthropologue à l'université de Montréal, a rappelé que la mondialisation n'a que peu touché l'Inde ou la Chine par exemple, abritées derrière des politiques protectionnistes radicales. Elle a toutefois sapé totalement l'économie d'un pays comme la Côte-d'Ivoire qui a vu passer plus de la moitié de ses entreprises d'État entre les mains de firmes multinationales au cours des dernières années. Dans l'ensemble les observateurs de l'Afrique constatent une dégradation au cours des trente dernières années. L'économie russe s'est totalement déstructurée lors du passage au capitalisme. Non seulement la mondialisation de la pauvreté est-elle incontestable, mais Bibeau voit dans l'économie capitaliste transnationale la manifestation d'une forme insidieuse d'attaque colonialiste. En l'absence de véritable contestation en provenance des États, c'est à la société civile de prendre la relève. Toutefois, les mouvements de gauche au sein de nos sociétés devront recentrer leur tir. Alors que les énergies de la gauche libérale ont été consacrées à une critique du néolibéralisme économique et surtout à la défense des intérêts de groupes socioculturels (ex: mouvement pour la liberté des "gays", de libération de la femme), le temps est venu, selon Bibeau, de revenir à une critique de l'impérialisme et du colonialisme qui font encore plus de dommages aujourd'hui qu'à l'époque de la décolonisation. La leçon s'adresse à l'anthropologie qui n'a pas su éviter les dérives culturalistes au cours des vingt dernières années. Globalement, le colloque à permis de recadrer la réflexion sur les enjeux éthiques découlant d'un certain désinvestissement des États en matière de santé. Il a rappelé que la mondialisation s'impose comme un lieu fort de l'éthique aux côtés des facteurs administratifs et politiques et que l'anthropologie a un rôle important à jouer dans l'analyse des rapports entre cultures, économies et politiques. Raymond Massé (Bull n° 38, juin 1999) |