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COLLOQUE
Gérer les risques,
maîtriser les pratiques. Atelier SHADYC-ORSTOM. 21-22 octobre
1998, Marseille
Quels usages les sciences sociales de la santé font-elles de
la notion de risque, qui semble au centre des préoccupations
actuelles en santé publique mais aussi dans d'autres domaines,
comme en atteste le nombre de colloques consacrées à ce
sujet en 1998 ? Comment situer ces usages, connaissant la définition
"dure" qu'en donnent les épidémiologistes, et
les acceptions du terme dans le langage commun ?
L'approche du risque s'articulait au cours de ces journées autour
de deux thèmes : le sida et la santé de la reproduction.
Géographes, anthropologues, démographes, historiens médecins
et économistes usent (voire abusent) de la notion de risque,
comme en atteste la trentaine de communications présentées
sur le sujet. Lieu commun à ces disciplines ou "lieu commun"
?
Concluant la rencontre, l'un des organisateurs (M.E.
Gruénais, J.P. Olivier de Sardan et P. Vinard) évoquait
la polysémie du terme "risque"- et le risque de "babélisation"
lorsque le jeu sur les mots et les métaphores associées
au concept de risque permettent un nombre illimité d'interprétations
? La notion de risque serait-elle un concept "porte-manteau"
que chacun pourrait habiller à son gré ?
Laissons de côté les usages épidémiologiques
du terme et les études de cas qui ont présenté
des analyses très diverses, souvent quantitatives, d'une exposition
à un risque sanitaire quelconque, pour considérer un point
de vue plus proche des thématiques de l'anthropologie de la santé
: celui de la construction sociale du risque. Dans ce domaine, quelques
notions consensuelles ont été discutées et illustrées,
parmi lesquelles les notions suivantes :
Tout risque sanitaire est resitué par un individu dans un ensemble
de risques, et "mis en balance" avec des risques d'autres
natures, notamment des risques sociaux, qui font que la mesure préventive
du VIH n'est pas toujours prioritaire.
Les perceptions sociales et l'analyse des discours
sur les risques (sanitaires et d'autres natures) constituent un domaine
d'investigation très riche qui doit encore être poursuivi
pour examiner la dynamique des perceptions du risque VIH à l'époque
des antirétroviraux et, - entre autres thèmes - la perception
des risques liés à l'avortement. Les lectures sociales
du risque sont simultanément physiques (en termes de risque sanitaire
de transmission de la maladie, de stérilité ou de procréation
non désirée) et sociales (en termes de groupes sociaux,
ou de relations entre individus et groupes, à l'origine de la
maladie) et l'individu, comme le collectif, passe de l'un à l'autre
registre d'interprétation, jouant parfois de ce "passage".
La logique du moindre risque ne va pas de soi, et l'étude de
situations sociales de valorisation du risque doit compléter
celle des conditions sociales de la maîtrise du risque.
Restent à analyser le contrôle et la gestion de la perception
du risque par les différents groupes sociaux, et le parallèle,
à ce sujet, entre le risque VIH et les risques associés
à la procréation (ou à la maîtrise de la
fécondité) est très illustratif.
Non seulement faut-il décrire le rôle
de chaque groupe (professionnels de santé, médias, etc.)
mais il faut analyser le processus qui, d'un risque identifié,
amène à définir des actions de prévention
de ce risque. Interviennent dans ce processus les notions de risque
biologique, risque épidémiologique, seuil d'acceptabilité
du risque, risques non maîtrisables, interprétations médicales
du risque, risque social inhérent aux programmes de prévention.
La gestion individuelle du risque, tel qu'il est compris par la biomédecine,
est complexe car elle repose sur un "saut conceptuel" entre
le risque collectif statistique, qui correspond à une fréquence,
et le risque individuel, auquel correspond une probabilité, et
qui aboutit sur des décisions souvent réduites à
des choix entre deux modalités.
La gestion individuelle du risque ne peut-être analysée
que dans son "cadre" social - qu'il s'agisse de relations
entre deux individus (les relations étudiées ici sont
à caractère sexuel ou thérapeutique) ou d'un réseau
de relations sociales - et en prenant en considération les normes
sociales. Si l'individu doit réinterpréter le risque en
le resituant dans une hiérarchie où des risques sociaux
côtoient des risques sanitaires, l'approche comportementaliste
et le recours aux concept d'une gestion du risque basée sur un
"risque perçu" ou "risque subjectif" est
trop limitée si on ne l'articule pas avec une analyse micro et
macrosociale, en interrogeant les représentations.
Deux jours de communications étaient bien sûr insuffisants
pour harmoniser les catégories conceptuelles et élaborer
des outils conceptuels communs - au moins aux socio-anthropologues travaillant
dans le champ de la santé. Cet atelier, tour d'horizon qui a
permis d'apprécier la variété des approches et
les divergences certaines et irréductibles entre disciplines,
ne donnera pas lieu à une publication. On espère cependant
que l'effort entrepris par cet atelier, d'élaboration commune
des concepts relatifs aux différents aspects de la construction
sociale du risque, dont on sent bien qu'ils sont nécessaires
et attendus, pourra être poursuivi.
Alice Desclaux (Bull. n° 36 , décembre
1998)
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