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COLLOQUE Médiation culturelle
et monde des soins. A propos de deux
colloques tenus en Suisse :
Le premier organisé en novembre dernier par
la Commission interdisciplinaire d'Anthropologie Médicale suisse
(CIAM), s'est attaché à traiter des " Théories
et pratiques de la médiation culturelle ". Le colloque de la CIAM a développé une réflexion associant communication, enjeux linguistiques et santé communautaire. En effet, la médiation commence par la langue. Mme Sybille de Pury, Serge Bouznah et Tobie Nathan, de l'Université de Paris VIII, ont mis l'accent sur les malentendus de la traduction. Les langues, en effet, ne sont pas des nomenclatures ou des répertoires de mots qui correspondent strictement entre eux ; au contraire chacune d'elle organise l'expérience de manière particulière. Compte tenu de la nécessité de déchiffrer les codes culturels par la sémantique des mots, il s'agit, selon les conférenciers - pour aborder les savoirs et les pratiques propres à une certaine population migrante, voire les modèles explicatifs de la maladie et la perception des systèmes de soins occidentaux qu'ils véhiculent - de mettre en place dans un contexte clinique un apprentissage de techniques spécifiques et un dispositif approprié qui font du médiateur un co-thérapeute et un connaisseur des deux cultures. Jean-Claude Métraux, de l'association Appartenances, opérant à Lausanne, a souligné l'importance de développer une conception communautaire de la médiation. Attaché à rendre compréhensibles les liens entre clinique de l'individu, société d'accueil et ressources communautaires, Métraux pose les jalons pour un inventaire des différents éléments qui influencent un travail de médiation, comme le langage non verbal, les " appartenances " plurielles des patients, mais aussi le contexte juridique et politique du pays d'accueil, les règles et les normes sociales en vigueur, les modèles spécifiques d'interaction, la terminologie médicale, voire le " setting " thérapeutique. Entre individu et communauté, entre accès aux soins et activités du réseau, les enjeux de la médiation nous questionnent ; d'autant plus que le débat sur les pratiques actuellement en cours en Suisse, a mis en lumière les disparités des situations qui, dans bien des cas, sont loin d'être professionnellement adaptées. Le second colloque visait à combler cette lacune.
Deux conférences plénières ont posé les
bases de la problématique. La première, présentée
par Regula Weiss, psychiatre, et Rahel Stuker, ethnologue, a mis l'accent
sur le concept de triade dans le contexte thérapeutique. En effet,
l'introduction d'un tiers modifie profondément la relation, d'ordinaire
duale entre médecin et patient. Le survol des publications consacrées
à la question révèle des tendances oscillant entre
l'idéalisation et la dénonciation des complications. Le
potentiel de la triade, ainsi que ses ajustements au niveau de la technique
et de la méthodologie, font rarement l'objet de réflexions
approfondies. En mettant en relief les différents modèles
de références théoriques et conceptuels (biomédical,
psychothérapeutique, ethnopsychiatrique et d'anthropologie médicale),
R. Weiss et R. Stuker ont insisté sur la pluralité des
rôles qui peuvent être endossés par les interprètes,
voire les médiateurs culturels. Cette diversité se module
en fonction du contexte de soins, bien évidemment, mais aussi
en fonction des conflits de rôles, du pouvoir et du statut que
l'interprète assume. Ilario Rossi (Bull.35, septembre 1998) |