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COLLOQUE

Les thérapeutiques : savoirs et usages. Fondation Marcel Mérieux, Saint-Julien en Beaujolais, 13, 14 et 16 novembre 1997, sous la direction scientifique d'Olivier Faure.
Ce colloque, dense et très réussi, ne peut être entièrement résumé ici. Il fera l'objet d'une publication dont nous rendrons aussitôt compte. Il est toutefois intéressant de signaler dès maintenant parmi tout ce qui a été présenté et débattu quelques thèmes qui apportent beaucoup à la compréhension du système médical dans lequel nous sommes immergés.

Paradoxalement, c'est l'étude d'écoles médicales passées qui semble apporter le plus à cet égard, et cela confirme tout l'intérêt qu'il y a pour ceux qui sont engagés dans la pratique de soin ou dans son étude à ancrer leur réflexion sur une bonne connaissance historique.

C'est ainsi que le Pr. Daniel Teyssère (Université de Caen) éveilla beaucoup d'échos chez les anthropologues lorsqu'il traita de l'école naturaliste qui se développa en France durant la seconde moitié du XVIIIe siècle. En réaction contre l'afflux des nouveaux traitements issus de l'alchimie et des apports du Nouveau Monde, et dans le souci de retrouver la simplicité de la matière médicale de l'antiquité, cette école prône la simplicité, les maladies, vues comme les effets d'un excès de civilisation, cédant devant la libération des forces de la nature. Le principe fondamental du naturalisme thérapeutique est que sur dix maladies, il y en a les 2/3 qui guérissent d'elles-mêmes. Pessimiste sur la médecine et optimiste sur la nature, cette école dont Tissot est le principal représentant s'appuyait sur son précepte : "laisser la sage nature travailler en paix." "Ministre de la nature", le médecin "aide les forces naturelles" (natura morborum curatrix), et combat les longues ordonnances. Une autre école, l'école numérique de Louis éveille aussi des échos. Il s'agit de faire un usage raisonné des statistiques dans la recherche médicale. Patrice Bourdelais (MSH, Paris), en traçant l'histoire de cette école et de sa pensée, montre les efforts, les résultats, puis les écueils d'une pensée quantitative trop réductrice...

Autre point de vue d'un historien, celui de George Weisz (Un. McGill, Montréal) sur le thermalisme en France. Comment, se demande-t-il, une pratique qui n'a jamais démontré le moindre effet thérapeutique a-t-elle pu générer une science, être discutée à l'académie de Médecine, faire l'objet de chaires, de recherches physiologiques, et du remboursement par la sécurité sociale ? Le cas a valeur d'exemple, celui d'une "thérapie liée à la culture", et la démarche suivie pour l'examiner mériterait d'être appliquée à diverses autres pratiques... L'auteur montre l'entrecroisement de forces diverses (croyances anciennes, intérêts touristico-économiques, concurrence avec l'Allemagne entre 1870 et 1914) qui oeuvrent dans le sens de l'expansion du thermalisme. Mais ce sont les médecins qui, en France, ont été au coeur de la survie du thermalisme. Les élites médicales ont cautionné le rôle médical des eaux. Spécialisation des eaux et des stations, enseignement, publications sont de leur fait. Les premières chaires d'hydrologie (Toulouse, 1902) sont appuyées par les stations. En 1911 à Paris s'ouvre une chaire soutenue pendant dix ans par le syndicat des stations thermales, et en 1930 un institut d'hydrologie à l'EPHE et au Collège de France. Allant au-delà de la seule question du thermalisme, l'auteur démonte les mécanismes par lesquels une croyance a généré une science expérimentale (celle des organes isolés soumis à l'action des eaux) et le discours qui a fait de celle-ci le support d'une doctrine médicale.

Toujours à propos du rapport entre science et pratique de soin, Pascal Maire, pharmacien hospitalier (Un. Claude Bernard, Lyon), présente d'abord le discours du visiteur médical. Comment se fait à travers lui le passage du savoir à l'usage, se demande-t-il ? Il montre que ce discours s'appuie sur des travaux scientifiques et les oriente dans le sens de l'argument de vente, quitte à changer de cap selon les circonstances. Dans le carrefour d'informations que reçoit le médecin, l'inscription sociale, économique, symbolique du médicament est ainsi enveloppée dans une présentation technique que l'auteur de la communication s'attache à percer.
Plus familière aux anthropologues, la démarche de Françoise Loux (Musée des ATP, Paris) n'en est pas moins originale. Elle a pour départ le souci de tirer parti de l'immense corpus de données accumulé par les folkloristes. S'appuyant sur un ensemble de 6000 recettes, elle dégage des "éléments organisateurs" qui donnent accès à l'image du corps à travers les maux et leurs soins. Le corps menacé par la chaleur, le corps plein de liquides en mouvement sont des paradigmes auxquels s'adressent les thérapeutiques. Cela donne accès au sens qu'a le remède dans le quotidien que vit le malade.

Ce très riche colloque, auquel participaient plusieurs membres d'Amades, est une étape importante dans l'approfondissement de nos connaissances de la dynamique sociale en jeu dans l'usage des médicaments. Une prochaine étape sera le colloque d'Amades sur l'anthropologie du médicament (voir plus haut).

Jean Benoist (Bull. n° 32, déc. 1997)