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COLLOQUE

2nd European Colloquium on Ethno-pharmacology; 11th International Conference on Ethnomedicine.
Heidelberg 24-27 mars 1993.

La Société allemande d'ethnomédecine (Arbeitsgemeinschat Ethnomedizin) et la Société européenne d'ethnopharmacologie ont organisé ensemble ce colloque sur le thème : "Médicaments et aliments : l'approche ethno-pharmacologique", sous l'impulsion du Dr. Ekkehard Schröder.

Les participants venaient de plusieurs pays d'Europe, des USA et du Mexique. La liste des communications serait fastidieuse et il est plus utile de dégager ici les principaux axes de ce colloque. Un premier axe rassemble les travaux des pharmaciens et des pharmacologues qui cherchent à identifier les principes actifs de végétaux auxquels ils ont eu accès par l'observation de thérapeutiques traditionnelles. Ils cherchent pour l'essentiel à identifier et à isoler des molécules et à en tester les effets in vitro, avant de les introduire éventuellement dans la thérapeutique moderne. Certains prennent par contre en considération des extraits végétaux, dont les effets peuvent être différents, soit par les synergies possibles, soit par le fait que certaines de leurs composantes se trouvent à l'état de précurseurs des produits actifs, lesquels apparaîtront lors du métabolisme .
Les ethnologues se trouvent face à ces travaux dans deux positions possibles. Les uns effectuent leur recherche comme un décryptage de savoirs, et ils s'efforcent d'accéder aux divers niveaux de ce savoir, et la plante médicament est alors l'un de leurs objectifs. Ils la collectent, la font identifier, s'efforcent de préciser les conditions de sa récolte et de son emploi, ses indications et la composition des préparations dans laquelle elle entre. Ils travaillent en synergie souvent étroite avec les pharmacologues.
La plante médicinale et les médecines traditionnelles ne sont cependant pas uniquement des outils. Elles sont les porteuses d'une identité culturelle, qui se revendique parfois hautement. A certains moments du débat, et à l'audition de certaines communications, il semblait que cette fonction surpassait la fonction proprement biologique... Les affirmations sur les savoirs disparus, sur les sciences précoloniales effacées par l'impérialisme, sur l'efficacité des thérapeutes traditionnels, relevaient alors plus d'un discours identitaire que d'une recherche biologique,ou même d'une analyse ethnomédicale...
Dans une autre direction, les communications et les débats soulignaient d'ailleurs que bien des ethnologues n'assimilent pas les "savoirs" thérapeutiques traditionnels à des savoirs techniques, mais à des ensembles de mise en signification de la maladie ; les plantes occupent alors un rôle avant tout symbolique, au sein d'une prise en charge essentiellement relationnelle. La place de l'ethnopharmacologie se réduit alors, et elle peut même sembler à certains exprimer l'approche ethnocentrique d'occidentaux qui suivent leur logique technique sans percevoir celle des thérapeutes qu'ils rencontrent.
L'idée de confronter la plantealiment à la plantemédicament apportait une autre dimension à ce colloque. Les sources communes (alimentaire et thérapeutique) de l'usage des plantes sauvages, les modes d'appropriation de la nature végétale sous ces deux aspects, apparaissent comme étroitement liés. Ils font de la relation de l'homme à l'univers végétal un ensemble aux visages multiples, dans lequel on ne peut se contenter de voir ni seulement les molécules, ni seulement les symboles .

(Bull n° 14)