Collection " Médecines
du monde. Anthropologie comparée de la maladie ", éd.
Karthala (22-24, Bd Arago, 75013 Paris.)
- J. Tremblay, Mères, pouvoir et santé en Haïti,
275 p., 21 Euros.
Il existe quatre grandes catégories de maladies,
selon les mères du monde rural d'Haïti : la maladie Bon
Dieu, la maladie Diable, la maladie loa et la maladie naturelle. Lorsque
leurs enfants sont malades, elles utilisent successivement ou tour
à tour les moyens de la médecine moderne, et ceux de
la médecine créole qui coexistent en Haïti. Elles
adaptent leurs stratégies de soin au sens attribué à
la maladie.
Mais les pratiques elles-mêmes sont issues d'une longue histoire
de domination du monde rural dont elles reflètent le cadre
socio-politique.
Pour comprendre comment les femmes construisent un lien entre une
médecine et une catégorie de maladie, l'auteur a donc
dépassé le cadre limité des pratiques de prévention
et de soin. elle a étudié les conditions d'exploitation
des femmes en milieu rural, les pratiques d'exclusion dont elles sont
victimes, leurs rapports au travail et finalement la relation qu'elles
entretiennent avec Dieu, les Esprits et le Diable.
Les pratiques médicales prennent alors une autre dimension,
qu'il est nécessaire de connaître lorsque l'on veut agir
dans le champ de la santé en Haïti , et qui expliquent
bien des comportements et bien des choix. Elles donnent aussi accès
d'une façon incisive aux liens étroits qui existent
en Haïti entre le domaine symbolique et les rapports de pouvoir
entre classes, entre couleurs, entre sexes.
C'est ainsi que l'auteur démonte la façon dont la médecine
créole, qui fonctionne au sein de rapports de type sacrificiel,
pérennise les rapports esclavagistes et coloniaux. En matière
de santé, le développement souhaitable ne consiste pas
seulement en apports techniques. Il doit avoir pour corollaire l'appropriation
de la modernité et non sa capture par une médecine gérée
par des élites dans une relation de pouvoir de type technocratique.
Une longue enquête de terrain sur les soins materno-infantiles,
aboutit ainsi à un regard d'ensemble sur la place de la santé
dans un système social haïtien marqué par les contradictions
entre le poids de l'histoire et les aspirations au développement
