Présentation du bulletin n°5.
Santé, société et cultures à
La Réunion, AMADES/ARERP/CERSOI, 2001, 150 p., Diffusion
Karthala. 14 euros.
À La Réunion c'est côte à
côte, bien plus que face à face, que la médecine
et les autres pratiques de soin sont le lot quotidien de l'interprétation
de la maladie et de sa prise en charge. Ce volume collectif est destiné
à ceux qui sont peu familiers du domaine de l'anthropologie
médicale. Panorama des questions et des perspectives, il est
aussi un bilan, que trace une riche bibliographie finale. Parmi les
chapitres de l'ouvrage, signalons en particulier : " Anthropologie
et santé dans l'espace urbain " (B.Chérubini),
" Un exemple de l'apport de l'anthropologie à la politique
de prévention du sida à La Réunion " (P.Cohen),
" Transplantation d'organes et compatibilité culturelle
" (V.Dussol), " La surdimension culturelle chez les malades
chroniques réunionnais ", " La réinterprétation
réunionnaise des apports de la biomédecine dans le domaine
de la naissance et de la petite enfance " (L.Pourchez), "
Quelle aide possible pour l'enfant de migrants victime de maltraitances
? " (G.Payet), " Psychiatrie et anthropologie : histoire
d'une collaboration en institution psychiatrique " (E.Delossedat
et M.Rivière), " Faire de la prière de guérison
sur fond de religion créole à La Réunion "
(R.M.Payet et S.Nicaise).
Résumé d'un chapitre : "La
réinterprétation réunionnaise des apports de
la biomédecine dans le domaine de la naissance et de la petite
enfance", pp. 75-90.
La mise en place à La Réunion d'un suivi de la grossesse
et de la naissance (par des visites prénatales et l'accouchement
en maternité) est relativement récente. Les accouchements
ne s'effectuent systématiquement en milieu hospitalier que
depuis les années 70 et cet apport de la biomédecine,
qui s'est effectué dans un contexte où dominaient des
traditions particulièrement riches et vivantes véhiculées,
dans chaque îlet, par la matrone et la "femme qui aide",
a entraîné de nombreux bouleversements dans les pratiques
et les représentations.
Ce chapitre a pour objectif de retracer brièvement les pratiques
traditionnelles réunionnaises, puis de tenter, grâce
à quelques observations effectuées auprès de
jeunes femmes (20-35 ans), d'expliciter les modifications en uvre.
L'auteur cherche d'abord à mettre en évidence la manière
dont s'effectuent durant le temps de la grossesse la réinterprétation
et l'ajustement des pratiques conseillées en milieu médical
par rapport aux usages traditionnels, les incompréhensions
réciproques entre futures mères et sages-femmes ou médecins
; dans un second temps, l'article décrit l'accouchement tel
qu'il se déroule aujourd'hui et identifie les mécanismes
de résistance au changement, les "aménagements"
de la tradition qui s'opèrent dans les maternités, à
l'insu du personnel médical (notamment par le passage, "en
souterrain", de certaines pratiques); il s'intéresse enfin
aux soins du corps prodigués à la mère et à
l'enfant et examine les cas de rupture d'interdit quand les changements
proposés par la biomédecine sont trop éloignés
des représentations initiales.
Il apparaît que, si certaines pratiques se modifient, les Réunionnaises
tendent à intégrer les nouvelles données selon
une logique préexistante qui, elle, ne varie que peu (ou pas).